Patagonie et Ruta 40
C’est avec 2 passagers supplémentaires que la cheap corsale quitte El Chalten vers le nord. Parmi les gens que nous avons rencontrés à l’auberge la veille, Shannon et Herman ont décidé de voyager ensemble vers le nord et cherchaient un véhicule « to do high chicken » ! Shannon vient de Californie et se découvre une passion pour l’Amérique du Sud au fil de son voyage. Herman, de Quilmes parcourt l’Argentine en stop pour mieux connaitre son pays avant la fin de ses études de tourisme. C’est donc un peu plus chargés que d’habitude et sur un air de Pink Floyd que nous prenons la route tous les 4, nous racontant nos vies dans les paysages désertiques de la Patagonie.
La ruta 40 nous révèle rapidement l’origine de sa réputation. Une piste irrégulière où se mélangent allègrement trous, ornières, sables et tous types de cailloux dans un tracé plus ou moins compréhensible… sur des centaines de kilomètres. Nous parcourons laborieusement 300 kms en près de 8 heures, vers la fin tous les regards cherchent furtivement un signe de vie à chaque virages ou collines. Gobernador Gregores apparait enfin, nichée dans une vallée verdoyante au milieu… de rien. Nous retrouvons une fois de plus les rues quadrillées, la place San Martin, les kioscos et même un incroyable camping municipal gratuit avec des douches chaudes ! Herman et Shannon plantent leur tente et les sièges de la corsa s’inclinent pour la nuit. Nous nous retrouvons autour d’un feu de fortune avec Camila, Paulina et Gabriel, 3 chiliens en voyage vers le sud. En vendant des bracelets et des portefeuilles ils enchainent les kilomètres en stop. On partage un vin chilien tiède et Herman réchauffe la fin de son poulet de voyage sur des airs de musique chiliennes et argentines. Les accents argentins chiliens brésiliens et français se mélangent dans une bonne ambiance.
Le lendemain nous ne nous attardons pas sous la pluie de Gobernador, toujours à 4 nous reprenons le ripio vers le nord. Plus de sable et peu de cailloux, cette fois la piste est entièrement boueuse et uniquement fréquentée par les camions et engins de travaux qui préparent une route asphaltée pour les années à venir (d‘après les panneaux les travaux auraient commencés en 2004 et devraient durer 12 mois…). Un semi remorque s’enlise devant nous et nous admirons l’adresse du conducteur qui arrive à le sortir de la boue sans trop faire fumer les roues. La corsa se trace timidement un chemin, camouflant sa carrosserie blanche étincelante sous un joli marron humide. 80 kilomètres plus loin la piste se transforme soudainement en asphalte, le changement est brutal mais apprécié par tous ! Au bout de l’asphalte nous déposons nos deux auto-stoppeurs et reprenons un ripio qui s’éloigne de la route 40 pour découvrir une estancia.
80 kilomètres de ripio plus loin nous arrivons à l’Estancia Menelik. Un groupement d’une demi douzaine de bâtiments blanc et rouges posés dans la plaine, résistants au climat et au temps; ils semblent faire partie intégrante du paysage. Les estancias sont historiquement des fermes d’élevage de bétails dont les troupeaux sont gérés et protégés toute l’année par les gauchos à cheval et leurs chiens. Aujourd’hui beaucoup d’entre elles diversifient leur activité vers le tourisme pendant la période estivale. Menelik conserve tout de même un troupeau de 80 moutons et 400 vaches ainsi qu’une soixantaine de chevaux sur ses 10 000 hectares et propose des chambres d‘hôtes et un « refuge » avec dortoirs et salle commune.
Pedro nous accueille et nous montre le refuge où nous dormirons. Nous posons nos affaires et Manuel, le gaucho de l’estancia nous emmène avec Pedro pour une ballade à cheval malgré le temps nuageux et pluvieux. Nos fidèles destriers en main : Suisso pour Poup et Raton pour moi vont d’un pas habile dans la steppe patagonne ! Nous parcourons les collines et traversons les ruisseaux accompagnés par les chiens qui coursent les lapins. Malheureusement la vue est plutôt nuageuse et nous ne profitons pas vraiment du paysage. La soirée au coin du feu avec mouton grillé et vin argentin fini de nous réchauffé !
Le lendemain nous rencontrons Rafa, un des gérants de l‘estancia, qui nous propose de rester une nuit de plus et d’accompagner Manuel qui doit aller chercher des chevaux dans le domaine de l’estancia aujourd’hui. Face à une offre si généreuse et avec le soleil de la matinée, nous ne pouvons qu’accepter ! Nous rencontrons ainsi Cécile, photographe française qui partage sa vie entre Menelik et Sommières et allons chercher les chevaux dans le corral.
Nous partons tous les 5, Laura sur la selle de son père, tenant fièrement le « revenque » ! Nous nous éloignons de l’estancia, parcourant le domaine sous un soleil brillant et un ciel mouvementé, les chevaux ont le pied sur aux trois allures dans la steppe pentue ! Nous rencontrons des troupeaux de guanacos qui se dispersent à l’arrivée des chiens, des flamants roses qui survolent majestueusement les lacs. Nous découvrons pour la première fois le paysage inimaginable de l’estancia et réalisons ce qui nous été caché la veille… Des monts enneigés, des lacs, des couleurs incroyables, au loin les paysage du Parc National Périto Moreno… Arrivés au bout du domaine, nous trouvons un groupe de chevaux dont la moitié sont sauvages. Manuel, Cécile et les chiens les rassemblent et les dirigent vers l’estancia. Nous rentrons en coupant à travers champs et ruisseaux au grand galop… pas de photos ni de mots suffisants lorsqu’un rêve de gamine se réalise dans ces conditions ! Poup est définitivement converti aux randonnées à cheval malgré les courbatures et irritations !
Après une bonne douche, Manuel et Cécile nous invitent chaleureusement pour un maté chez eux. Nous découvrons la vie de cette famille hors du commun et comprenons mieux le métier de gauchos dans les estancias: la rudesse du climat, la solitude dans des paysages si grandioses. Cette étape dans le fin fond de la Patagonie, accueillis si chaleureusement, restera gravé dans nos mémoires.
4 comments:
Waouh sacrés paysages ^_^... ça a l'air d'être un endroit vraiment sympathique pour une retraire pèpère ;) (à part les habitants bizarres à l'arrière de la corsa, surtout un type avec un chapeau de mickey, c'est un serial-killer jusqu'à preuve du contraire non ?).
Et qu'est ce qu'une saumièroise fait à l'autre bout du monde ??
Enfin bref, amusez vous bien, et offrez une bonne douche à la corsa aussi (est-ce que vous l'avez baptisée ?).
D'après ce qu'on m'a dit Adri, tu n'es pas la personne la mieux placée pour se moquer de la coiffure des autres.... (oui oui, le chapeau de Mickey, ce sont ses cheveux !)
Hop hop hop !! je veux connaître tes sources, et surtout brûler les négatifs s'il y a des photos ^_^ (oh et puis aussi pouvoir exercer des pressions "amicales" sur les-dites sources *gniark gniark moi aussi j'ai des preuves*)....
hum enfin bon je passe l'éponge, je ferais plus de commentaires sur les accessoires capillaires de vos covoitureurs ;)
ca le galop dans l'estancia, le rêve de petite et de grande fille, j'aurais donné cher pour le partager autrement que par Internet... Merci quand même !
je vous souhaite d'autres galops.
Bonne route !
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