Route Australe
Notre intention initiale était de se rendre sur l’archipel des iles Chiloé (archipel de la côte ouest du Chili qui a conservé un fort caractère chilote, réputé pour ses églises, ses maisons colorées, sa nature riche et sa culture de la mer) mais en nous renseignant sur les ferrys possibles pour se rendre sur l’ile (nous sommes maintenant en basse saison touristique) nous réalisons que les prix sont bien trop élevés pour notre budget (plus de 150 euros pour faire passer la corsa sur l’ile principale). Pour la première fois nous devons tirer un trait sur une des destinations qui nous tenait à cœur mais nous décidons de profiter des paysages chiliens quelques jours de plus avant de repasser la frontière argentine.
C’est donc tôt le matin, avec notre corsa propre, moteur révisé et pare choc embouti, que nous sommes heureux de quitter Coyhaique en prenant la route australe vers le nord. Unique route qui traverse le Chili du nord au sud, la route australe a aussi mauvaise réputation que la Ruta 40 argentine, mais riche de nos expériences, c’est confiant que nous nous y risquons. Notre trajet commence sur un asphalte sans fausse note pour la premières heure de la journée et se transforme rapidement en ripio chilien au dénivelé plus compliqué. La route traverse des paysages incroyables, des forêts humides d’arbres immenses recouverts de lichens, de lianes, de grandes feuilles de nulca. Les quelques kilomètres parcourus depuis la frontière Argentine nous donnent l’impression d’avoir changer de continent ! C’est le climat pacifique qui règne de ce coté de la cordillère et tout le montre ! Cette piste serpentant entre les falaises de forêt, est tout de même l’axe principal du pays, heureusement que le trafic n’est pas trop dense !
Nous arrivons en milieu d’après midi au parc National de Queulat où nous garons la voiture pour une rando au milieu de ces forêts incroyables. Après s’être cru dans un décor de « l’ile des enfants perdus » où des bateaux de pirates échoués se seraient fondus au paysage, nous arrivons au mirador qui donne sur un glacier (encore un que l’on aurait pas imaginé ici). La masse de glace avance sur une paroi rocheuse et se termine en cascade vertigineuse… Nous quittons ces paysages grandioses par une passerelle à la Indiana Jones et continuons la route vers Puerto Puyuapi où nous trouvons un adorable camping en bordure de fjord. Nous partageons un maté avec le couple de gérant qui nous entretient gentiment un vrai feu pour cuisiner !
Le lendemain nous faisons de la place à l’arrière de la corsa pour Amit, israélien d’une trentaine d’années qui a déjà largement parcouru le monde et s’est lancé dans un tour de l’Amérique du sud depuis quelques semaines. Nous continuons vers le nord, traversant villages et fermes perdus dans ces immensités vertes. Les vaches, brebis, chèvres et rapaces s’approprient la piste et mènent la belle vie sous ce climat humide et ensoleillé (en tout cas aujourd’hui). Nous nous arrêtons sur une aire de camping désertée au départ d’une balade qui nous amènera une fois de plus au pied d’un glacier. Nous serpentons un moment entre les feuilles géantes de Nalcus et autres végétation aux feuilles agressives ! De retour au camp, Amit se lance un challenge personnel de faire un feu à partir de bois humide… qu’il remporte grâce au réchaud chalumeau et des yeux « un peu enfumés » !
Nous quittons le Lago Yelcho le lendemain matin sous une bruine brumeuse, nous laissons la route australe pour se diriger vers Futaleufeu, ville frontière andine. Nous passons la frontière sans problème, le dernier contact avec les chiliens aura été fidele à une partie de nos rencontres ici : peu engageant et froid. Nous passons de l’autre coté de la cordillère des Andes et une fois de plus, en quelques kilomètres le paysage et le climat changent radicalement. Cependant nous n’avons pas le temps de l’admirer longtemps, le poste de police de l’entrée du village de Trevelin décide de nous arrêter.
Il faut savoir qu’en Argentine, il y a énormément de poste de police sur la route. La plupart sont vides, dans certains on aperçoit des flics et lorsque par hasard ceux-ci sont postés sur la route, il arrive qu’ils nous demandent notre destination quand un simple salut ne suffit pas. C’est donc un peu surpris qu’à l’entrée de ce petit village nous donnons nos papiers et nous garons sur le bas coté pour une fouille complète du véhicule. Nous devons vraiment avoir des drôles de gueule en ce moment, entre ceux qui nous prennent pour des israéliens et les autres pour des dealers… Parce que quand je dis fouille complète, c’est fouille complète ! Du paquet de riz entamé, à l’intérieur de nos chaussettes sales, en passant par l’objectif de l’appareil de Poup, les compeeds, le boitier du levier de vitesse, les pages de nos bouquins et il faut même que j’explique le but de certains de mes médocs ! Vraiment sympa comme accueil ! J’ai vu le moment ou on allait devoir déballer la tente et sortir la roue de secours ! Mais malgré leurs ultimes efforts (ils ont bien sur contrôlé sur leur réseau mon passeport, permis de conduire international et papier du véhicule) ils ne trouvent rien dans la voiture et nous laissent repartir, toujours sans un sourire !
C’est donc encore étonnés que l’on découvre le village de Trevelin ou l’on en profite pour pique niquer sur la place centrale.Nous n’avons pas le cœur à nous y attarder et reprenons la route pour Esquel ou nous déposons Amit et trouvons une auberge bien agréable pour une bonne nuit de sommeil.
Heureusement que ces jours ci le temps est de notre coté et que les paysages sont toujours surprenants et sublimes ! ;)